Pourquoi les comptes privés des administrateurs de la page Facebook d’Extinction Rebellion ont été suspendus ?

Question posée par Hélène, le 09/02/19

Bonjour,

Vendredi dernier, le 7 février, plusieurs militants d’Extinction Rebellion (XR) en France ont constaté, au réveil, que leurs comptes personnels sur Facebook étaient désactivés. Les membres de la cellule réseaux sociaux du mouvement civil écologiste assurent que les comptes privés de tous les éditeurs et administrateurs de la page Facebook du mouvement ont été supprimés, alors que celle-ci est toujours active. Ce lundi soir un peu après 18 heures, tous les comptes ont été rétablis en même temps.

Dans un communiqué publié dans la journée vendredi, XR explique : «Ce matin, une dizaine de rebelles d’Extinction Rébellion ont découvert leur compte personnel facebook désactivé pour violation des règles du réseau social. Et ceci sans préavis, ni justification. Tous ces comptes étaient administrateurs ou éditeurs de la page nationale d’Extinction Rébellion France : @xrfrance. A ce jour, notre page, bien que toujours en ligne, n’est plus accessible pour les membres chargé·e·s de la faire vivre.»

Selon des militants interrogés par CheckNews, une douzaine de personnes ont vu leurs comptes désactivés. Certains géraient la page quotidiennement, d’autres étaient éditeurs (en ayant uniquement le droit de publier sur la page mais pas de la gérer directement) qui ont accédé à cette page de manière occasionnelle et étaient inactifs depuis plusieurs mois ont pu être suspendus également. Comme nous l’expliquions dans une précédente réponse, XR est un mouvement horizontal : plusieurs personnes gèrent donc la page.

Tous les comptes désactivés en même temps

Théo, une des personnes ayant eu son compte suspendu, indique ainsi à CheckNews : «Je me suis occupé de la page il y a six mois pour des actions spécifiques, je n’y pensais plus. Vendredi matin, quand je me suis réveillé, je ne pouvais pas me connecter à Facebook. Puis j’ai reçu un message d’autres membres du groupe média disant qu’ils ne pouvaient pas se connecter. J’ai eu un message de Facebook me disant que je pouvais demander un rapport, il ne s’est jamais téléchargé donc j’ai laissé tomber. Je vais attendre de voir ce qu’il se passe pour les autres. J’ai créé mon compte en 2008, c’est un vrai compte que j’utilisais au quotidien, avec mon prénom et les initiales de mon nom.»

Selon des captures d’écran, elles ont toutes eu le même message en tentant de se connecter :

Parmi les raisons données par Facebook pour justifier la suspension d’un compte, on retrouve les comptes multiples, les pseudonymes ou encore les comptes qui ne sont pas personnels. Voici le texte qui apparaît quand les personnes cliquent sur les pages d’aide.

Est-ce qu’utiliser ses initiales en nom de famille à la place de son nom complet est une raison suffisante ? Pas vraiment. Les standards de la communauté indiquent seulement que «nous demandons aux personnes de se connecter sur Facebook en utilisant le nom utilisé au quotidien». Selon une source interne à Facebook, s’il y a un doute, une vérification est effectuée. Surtout, certains des administrateurs utilisaient bien leurs noms complets, et ont malgré tout été suspendus.

La suspension peut être automatique

Facebook, qui refuse de s’exprimer sur des cas individuels, est peu transparent sur le processus de désactivation des comptes. Certaines suspensions sont automatiques, décidées par l’algorithme suite à différents signaux qui ne sont pas rendus publics, d’autres sont humaines. Après que les algorithmes ont repéré certains comportements douteux, un humain vérifie ou non s’il peut s’agir d’un faux compte. Ainsi, quand une personne signale un compte, une vérification humaine est toujours effectuée. 

Tous nos interlocuteurs assurent n’avoir pas usurpé d’identité, ni avoir eu de comportements différents de d’habitude, qui pourraient être considérés comme du harcèlement ou du spam, ces dernières semaines. Tous certifient avoir utilisé ces comptes pendant plusieurs années. «Quand je me suis réveillé et que j’ai voulu me connecter, mon compte personnel était suspendu. Je l’utilise depuis des années. Et en me connectant à notre messagerie privée du groupe «médias» d’XR, je me suis rendu compte que c’était le cas pour tout le monde. Même certaines personnes qui sont restées éditrices une journée pour une action spéciale et que l’on avait oublié de retirer de la page. Donc on n’a plus aucun accès à la page d’XR France», raconte à CheckNews Tothoreau, l’un des administrateurs (ici sous pseudonyme, mais qui utilisait son vrai nom sur Facebook). La dernière publication de cette page, qui compte 95 000 abonnés et 86 000 «likes», remonte en effet au 6 février. «Comme nos comptes Instagram et Facebook sont liés, on peut simplement publier des “stories”», raconte notre interlocuteur.

Comptes rétablis trois jours plus tard

Ce dernier, comme d’autres, a suivi la procédure d’appel en envoyant une photo de sa pièce d’identité au réseau social. Sans obtenir de retour. D’autres ont refusé de le faire. «De toute façon, il faut quitter les réseaux sociaux et aller sur des réseaux respectueux de la vie privée comme Mastodonte ou Diaspora, donc je profite de l’occasion pour me sevrer de Facebook», raconte un interlocuteur. «Depuis 2008, il y avait mes photos, des amis que je ne peux pas contacter autrement… Facebook est même l’outil de travail d’une des personnes suspendues», poursuit-il.

Si certains ont crié à la censure, faisant le lien avec deux autres pages locales désactivées récemment, d’autres membres du réseau sont plus mesurés, souhaitant éviter «les polémiques inutiles». Après s’être concertés, les membres d’XR ont décidé d’envoyer un mail à Facebook pour se plaindre dimanche. Ils ont été rappelés lundi matin. «Ils m’ont expliqué qu’il devait s’agir d’une erreur et qu’ils allaient rétablir les comptes dans la journée. Je leur ai envoyé la liste des onze comptes suspendus, ils ont été rétablis», raconte à CheckNews Franck, chargé des relations presse pour XR et qui a été en contact avec Facebook. «On attend désormais des explications de leur part.» Selon nos informations, l’entreprise plaiderait pour une erreur informatique.

Cordialement


Pauline Moullot




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